C’est grave pour Madagascar, l’Etat manque à son devoir d’intelligence économique.

Le secteur privé, c’est-à-dire l’ensemble des entreprises, n’est pas tout simplement une vache à lait. En tant que principal moteur de développement du pays, il mérite d’être soutenu. Le fermier ne doit pas seulement traire mais aussi nourrir et soigner, n’est-ce pas?… bien que dans la réalité, le secteur privé ne demande pas à être nourri.

L’un des devoirs manqués de l’Etat malagasy est l’intelligence économique (IE). « L’intelligence économique, dans ses dimensions de VEILLE, d’INFLUENCE et de SECURITE ECONOMIQUE, est une arme indispensable pour l’État et pour les entreprises, y compris et peut-être surtout pour les PME. Son objectif principal est de renforcer la compétitivité de l’économie pour favoriser la croissance et l’emploi»  dit-on.

INTELLECO

Ainsi, l’IE n’est pas tout simplement le devoir des grandes entreprises mais également c’est celui de l’Etat et des PME. Dans les actualités internationales, nous connaissons l’affaire de cyber-attaque entre la Chine et les Etats-Unis, le programme PRISME des Etats Unis… Les gouvernements sont impliqués à 100% dans ces actions. Il ne s’agit pas seulement d’affaires militaires mais aussi d’entreprises privées. (Attention! Je ne dis pas qu’il faut faire de l’espionnage à l’identique, j’essaie de vous montrer l’engagement d’un Etat dans la protection de ses intérêts). A Madagascar, nous savons comment la France protège et promeut les entreprises françaises à travers l’Ubifrance et la mission économique de son ambassade. Il y a beaucoup d’autres exemples pour les pays en relation avec Madagascar : la Chine qui assure son offensive économique en Afrique et veut maîtriser les matières premières dans le monde pour le développement de son industrie ; la dernière visite d’Obama en Afrique pour parler affaires comme il l’a dit directement ; la présence massive française et mauricienne organisée par les entités de leur pays lors de la FIM, etc.

L’absence d’une politique d’IE à Madagascar se manifeste par des dérives tant au niveau national qu’à l’extérieur.

Citons l’exemple des légumes malagasy qui ont été rejetées à La Réunion. Il y a des cas similaires à l’île Maurice. Bien sûr, il y a des cas où les produits malagasy font défaut en termes de qualité et de quantité… mais le problème est surtout que ces produits malagasy gênent des transactions commerciales bien établies.

Prenons le cas du maïs, si 90% de l’approvisionnement de La Réunion se fait en France sur les 100 000 000 tonnes de besoin, si 90% de l’approvisionnement de l’île Maurice se fait en Argentine sur les 90 000 000 tonnes de besoin, croyez-vous que les sociétés engagées dans ces transactions vont accepter facilement que Madagascar va prendre disons 50% de leur part de marché ? Croyez-moi, il y aurait sûrement des lobbyings de tout part. Ce n’est pas une accusation mais c’est la réalité des affaires, ne soyons pas naïfs. Si le sucre tient encore une place dans l’économie des îles voisines, les autorités de ces îles vont prendre les mesures qui s’imposent. Toutes les plantes de la famille des graminées, la même que celle de la canne à sucre, étaient, sont et seront d’une importance stratégique pour l’agriculture réunionnaise et mauricienne.
De même, ces pays ont des programmes de diversification et de relance des cultures maraîchères. Ils sont obligés de prendre des dispositions pour protéger leurs producteurs. Ne soyons pas non plus paranoïaques. Le devoir des autorités est de protéger ses citoyens. Il n’y a rien de plus logiques et légitimes.

Donc, c’est une bonne chose qu’en matière de règlement de conflits commerciaux, les acteurs privés ont établi le « Indian Ocean Business Bridge », mais ce n’est pas suffisant. Comme déjà expliqué dans notre article auparavant, il faut que les Etats jouent le jeu et s’impliquent davantage, en premier lieu Madagascar. La même chose pour l’initiative « Madagascar, grenier de l’océan indien ».

D’autres exemples? On peut citer nos problèmes dans le secteur minier où Madagascar s’estime être lésé et veut augmenter le pourcentage des taxes et redevances. N’était-ce pas prévisible quand on a élaboré notre loi sur les grands investissements miniers (LGIM) ? Sinon, il y a le cas des raphias, nos artisans locaux se plaignent de l’insuffisance de ces matières premières. Et pourtant, on continue à les exporter massivement au lieu de les considérer comme des ressources naturelles stratégiques pour l’artisanat.

Un dernier exemple, le cas malheureux de l’industrie du savon où les entreprises locales souffrent et où la concurrence déloyale règne avec les entreprises étrangères qui ne suivent même pas les normes.

Veille-et-Intelligence-économique

Bref, l’intelligence économique est d’une importance vitale pour notre économie et pour le développement de nos entreprises. Je propose que pour le bien de la grande île et de ses habitants, l’Etat malagasy élabore sa politique d’intelligence économique avec des stratégies impliquant les acteurs concernés : le ministère de l’économie et de l’industrie, celui du commerce, celui de l’artisanat, les chambres de commerce, les groupements patronaux, le CREAM, l’EDBM, l’ITB, les centres de recherche, les universités, les consommateurs et autres entités.

Renforçons, améliorons et généralisons ce qui a été fait de bien dans les filières vanille et letchi bien que ce n’est pas encore l’idéal.

Njaka RAJAONARISON

Esprit d’Entreprise

Publicités

Commenter

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s